Ce que j’ai fait cet été

This post, translated by the fine Axel Waysbort.

Les braves gens du journal canadien Globe and Mail, m’ont demandé d’écrire un article intitulé “Ce que j’ai fait cet été”. Comme je n’en avais jamais écrit un auparavant, j’ai pensé que je pourrais faire appel à l’enfant de 12 ans qui sommeille en moi.

Cuzco, au Pérou : Cet été, je me suis mis à écrire un livre et à filmer un documentaire avec mon héros. Il s’appelle Steve James. Il a réalisé “Hoop Dreams” qui parlait de basketball, d’espoir, d’espoir déçu, d’inégalité et de l’Amérique. Notre film s’appelle “Generation Food”. Il traite de ce que nous mangerons dans le futur.

Steve and I talk to Lino about potatoes

Donc je suis allé au Japon. Les gens avaient l’habitude de vivre longtemps à Okinawa grâce au régime traditionnel. De nombreuses personnes vivaient jusqu’à cent ans. Maintenant les grand-parents enterrent leurs enfants. Ils ne mangent plus comme autrefois. Quand les Américains sont arrivés avec leur base militaire, ils ont apporté le fast food pour les GI. A présent, tout le monde mange cela. J’ai rendu visite à des agriculteurs qui sèment des céréales sur les bases américaines. Ils font cela tellement souvent que les Américains ont renoncé à les en empêcher. J’ai mangé du sashimi de chèvre, parce faire autrement aurait été impoli.

Ensuite, je me suis rendu à Cuba. J’ai vu là où Hemingway s’est ravagé le foie. J’ai appris pourquoi les Etats Unis boycottent le rhum cubain. S’ils le laissaient entrer, tout le monde en boirait. La nourriture n’est pas très bonne. Les Cubains en rejettent la faute sur les Espagnols qui les auraient conditionné à manger des haricots, du riz et du porc. C’est une honte. Les Cubains ont quelques fruits et légumes qui sont parmi les plus savoureux de la planète. J’ai discuté avec des fermiers groupés en coopérative. Quelques uns parmi eux parlent d’argent dans des termes qui feraient rougir un trader de Wall Street.

Nous avons essayé de lever des fonds pour notre projet. J’ai appris pourquoi ils appellent cela “une campagne”. A chaque instant de la journée, nous travaillons pour trouver de nouvelles façons de partager les choses que nous avons apprises. J’ai découvert que ce qui est intéressant dans le travail collaboratif de masse, ce n’est pas tant l’argent, que de bâtir une communauté. Il n’y a pas beaucoup de Canadiens qui nous aient rejoint. Je ne sais pas pourquoi.

Maintenant je me trouve à Cuzco, au Pérou. Il fait froid à l’ombre, chaud au soleil et l’air est si ténu que les étoiles paraissent tomber du ciel toutes les nuits. Les conditions climatiques ont changé. Les populations qui vivent sur place ont perdu un quart de leurs récoltes à cause du changement climatique. Comme nous ne sommes pas aux Etats Unis, on peut parler du changement climatique sans que les gens vous prennent pour un dingue. Les agriculteurs indigènes ont trouvé les moyens de faire pousser de la nourriture malgré le climat que nous avons modifié. Ce sont d’authentiques scientifiques même si les gens pensent qu’ils sont arriérés. Le gouvernement aime les Incas parce que les touristes viennent visiter les ruines. Mais il n’apprécie pas les indigènes parce que ces derniers veulent contrôler leur propre territoire, et refusent que les compagnies minières les fassent partir.

J’ai appris ceci : les gens sont gentils. Tout le monde a ses propres contradictions. De la chèvre crue, cela a un goût bizarre, mais ce n’est pas aussi mauvais que la nourriture cubaine. Le monde est davantage empli de beauté que je ne l’imaginais. Il est plus d’espoir pour l’avenir de la nourriture que je n’osais le croire, et cela contre toute attente. Et cet espoir provient des endroits les plus improbables.

A la fin de cet été, je ne serai plus le même.